Apres le retrait de sa candidature au poste de président du conseil départemental de Vélingara, Mamadou Sanghé Diao, enseignant dans la commune de Kounkandé, est revenu sur les enjeux des élections locales dans le contexte koldois, région en proie à une pauvreté chronique. Dans cet entretien accordé à Sudactu, ce responsable de Pastef n’a pas manqué de dénoncer la dilapidation des ressources naturelles dans le Fouladou ainsi que la situation de la plupart des localités dirigées par des maires fantômes.

Qu’est-ce qui avait motivé votre candidature au conseil départemental de Vélingara ?

Je me suis présenté pour être candidat pour deux raisons principales. D’abord, par ce qu’il ne faut pas laisser croire que ces collectivités sont la chasse gardée d’un quelconque individu ces locales à venir. Il faut toujours oser le changement. Il y a eu un temps où ma candidature était devenue une demande sociale, et surtout celle de la jeunesse, et ensemble nous avions un programme de développement très riche, réaliste et réalisable dans tout le département de Vélingara.

Quelle lecture faites-vous de la situation politique actuelle au Fouladou ?

Actuellement le Fouladou est comme une belle jeune femme : tout le monde la désire, même si tout le  monde ne peut pas la donner ce dont elle a besoin pour s’épanouir. Beaucoup de prétendants mais la compétence reste à désirer. Ce qui fait qu’un diagnostique profond et sérieux est de mise dans toutes les communes. Mais depuis l’avènement de l’éveil de conscience de la jeune génération. Mais il faut souligner que l’espoir est réellement permis.

A moins de deux mois des élections, il y a leaders politiques qui soupçonnent le régime en place de vouloir empêcher la tenue du scrutin. En tant que membre de l’opposition, avez-vous les mêmes craintes ?

J’ai envie de dire oui, mais les agissements du gouvernement me laissent perplexe. Tout porte à croire que le président n’a pas intérêt à ce que ces élections se tiennent dans les deux prochains mois. Car d’après ses sondages, il va les perdre à plate couture. C’est pour ces raisons qu’il essaie de mettre le pays en situation de crise afin de légitimer ce report à travers la corruption de mandataires, soulèvement du dossier de Barthélémy Dias, sortie violente de ses collaborateurs à l’image de Gaston Mbengue et consorts.

Depuis l’avènement de Macky Sall à la tête de la magistrature suprême, beaucoup de fils du fouladou ont eu à bénéficier des postes de responsabilité. Quelles appréciations faites-vous de l’impact de leur nomination au sommet de l’appareil gouvernemental ?

J’ai été le premier à applaudir quand ces nominations sont tombées. Mame Boye, Abdoulaye Bibi et Alpha Bocar ont partagé le même décret de nomination, ce qui est une première dans l’histoire du Fouladou. Mais ces derniers n’ont utilisé ces directions que pour  tenter de satisfaire une clientèle politique et utiliser cet appareil étatique pour se donner une légitimité élective. Mais en aucun cas les populations n’ont senti que ces directions sont dirigées par des leurs. Aujourd’hui chaque famille au Fouladou devait sentir et vivre pleinement l’ère de l’agriculture moderne mais hélas.

Comment mesurez-vous l’importance de ces élections locales ?

Ces élections locales sont des plus importantes de l’histoire du Sénégal dans la mesure où elles interviennent dans un contexte particulier et spécial : les perspectives de 2024 et la lancinante question du troisième mandat. D’abord le niveau de conscience des citoyens a atteint son paroxysme. Les évènements de mars ont mis le pays sur un piédestal. On assiste à un antagonisme jamais égalé avec un président qui détient tous les pouvoirs et qui, malheureusement ne les utilise que pour nuire ses opposants comme ce fut le cas avec Khalifa Sall, Karim Wade, Ousmane Sonko et Barthélémy Dias. Mais il y a une farouche opposition déterminée à aller au bout de son ambition malgré toutes les tentatives d’intimidation qu’elle subit.

Nous assistons à l’avènement de beaucoup de mouvements politiques et citoyens dans le Fouladou, selon vous qu’est-ce qui est à  l’origine d’un tel sursaut noté surtout chez les jeunes ?

C’est une révolution qui est en train de s’opérer. C’est aussi un éveil de conscience en masse qui crée cette étincelle  de révolution. Par ce que c’est  bien une révolution qui en phase de germer aux mains de cette jeunesse, à qui je tire tout mon chapeau. Je veux nommer Boubacar Diallo, Aliou Gérard Koita, Youssou Thiané Baldé, Mamadou Sow, Chérif Diallo, Malal Diallo, Abdourahmane Mballo, Doudou Diamanka et j’en passe. Ce sont des jeunes qui sont en train faire la fierté du Fouladou et du Sénégal et pour qui il faut beaucoup prier.

Quel est votre avis sur les séries de litiges fonciers qui plombent la plupart des communes de la région comme le cas de Pakour depuis un certain temps ?

C’est regrettable et lamentable, d’autant plus qu’une bonne partie de cette population soutient ce projet à la fois honteux et suicidaire. Dans le court terme ce sont les populations riveraines qui vont en souffrir, mais dans le long terme ce projet est venu pour mettre à genoux le beau et richissime fleuve du Fouladou : le kayanga. Et ainsi, c’est  notre cheptel qui risque de mourir de sa belle mort et le bassin de l’Anambé risque de tarir les années à venir.

Selon vous, quels sont les critères que les populations doivent mettre en avant pour choisir leurs maires ?

D’abord, seuls les candidats soucieux des lois et règlements qui régissent le foncier méritent de faire campagne à ces élections locales. Ensuite, nos maires doivent être des résidents permanents dans les différentes communes auxquelles ils aspirent diriger. Surtout dans le Fouladou, nous ne devons plus accepter d’élire un maire absentéiste ou qui n’a même pas de chambre dans la commune qu’il entend diriger. Par exemple comment comprendre que le maire en exercice de Linkéring habite Vélingara ? Je pense que nous devrions disposer d’une charte de protection du foncier dans nos différentes communes, et les politiques qui refuseraient de la signer ne mériteraient tout simplement pas notre soutien et vote. Nous avons besoin de les entendre dire qu’ils défendront notre patrimoine foncier contre vents et marées. Qu’ils mettraient en valeur et en lumière l’expertise locale.

Sur quels atouts doivent miser les futurs élus locaux pour l’essor de la région de Kolda longtemps laissée en rade dans la marche du pays ?

Nous n’avons que deux principales ressources, mais qui ne sont pas des moindres : la terre et la jeunesse. Malheureusement dans la plupart des communes, ces terres sont dilapidées et injustement octroyées à des tiers et la jeunesse n’a qu’une seule option qui s’offre à elle : aller chercher l’eldorado même s’il faut, pour cela, emprunter le chemin du BARSAX. C’est pour cela qu’il nous faut une très bonne politique de récupération de ces jeunes, en leur garantissant des formations professionnelles adéquates et compatibles aux réalités locales ; en leur accompagnant par des financements conséquents et encadrés ; et en leur facilitant l’accès à la terre, pour qu’ils puissent s’exprimer et exprimer leur savoir faire, car c’est tout ce qu’ils demandent.

            Entretien réalisé Par Abdoulaye Balndé (Dental Fouladou TV)

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