Entretien réalisé par Halima DIOP et Falilou MBALLO

Au chevet des femmes casamançaises victimes des affres du conflit armée qui mine cette région, le centre «Kullimaaroo», en pleine agonie financière, a fait retentir son cri de détresse jusqu’à l’étranger. Un appel au secours tombé dans les oreilles d’Aminata Diouf Kandé, médecin qui, depuis le Canada, vient de lancer une campagne de levée de fonds en faveur de ce lieu de refuge niché au cœur de la Casamance. Dans cet entretien, elle nous parle de son initiative ainsi que la situation que traverse actuellement «Kullimaaroo».   

Madame Kandé, vous venez de lancer, depuis le Canada où vous êtes établie, une campagne de levée de fonds en faveur du centre “Kullimaaroo”  dédié à la prise en charge des femmes casamançaises victimes de violences. Comment l’idée d’une telle initiative vous est venue ?   

Tout est parti de ma découverte, à travers les réseaux sociaux, de l’existence d’un centre dénommé “Kullimaaroo”. Une structure qui s’active dans le secours et la prise en charge de femmes casamançaises victimes de violence. Ce, notamment dans le cadre du conflit armée qui mine cette région et qui a fait apparaître plusieurs formes de violences perpétrées contre les femmes comme les cas de viols, de tortures, de mines, et d’enlèvements. Et la publication sur laquelle je suis tombée évoquait aussi les difficultés financières auxquelles est, actuellement, confrontée cette structure. D’ailleurs, mon attention a été attirée par le fait qu’il y a un réel risque de fermeture définitive qui pèse sur ce centre dédié aux femmes. Et c’est à partir de ce moment que j’ai décidé d’entrer en contact avec ses gestionnaires. Nous avons ainsi discuté des moyens à mettre en œuvre pour apporter des ressources à court terme pour la viabilité du centre. Ainsi, la levée de fonds « Gofundme » a été tout de suite une option intéressante.

Quelles sont les spécificités du centre “Kullimaaroo” ? 

Ce centre qui est niché au cœur de la Casamance existe depuis 2015 avec une capacité d’accueil de plus de 75 femmes par année. Il a reçu 132 pensionnaires depuis ses débuts. En outre, le lieu offre un environnement sécurisé, un hébergement d’urgence, une prise en charge médicale, un soutien psychologique et des conseils juridiques en faveur de ces femmes victimes de violences. Sur place, les pensionnaires de “Kullimaaroo ” bénéficient également des soins d’un médecin psychiatre. Par ailleurs, le centre est aussi un cadre de réinsertion scolaire et professionnelle  ainsi que d’activités économiques pour l’autonomisation des femmes.  

Pourquoi n’avez-vous pas opté pour le recours à d’autres types de financement comme les partenariats avec des Ong qui s’activent dans le domaine sanitaire ou bien même faire appel aux autorités étatiques ?

D’après les gestionnaires de ce centre, “Kullimaaroo” a toujours bénéficié de partenariats avec des ONG et des programmes des Nations Unies. Mais plusieurs sources de financement sont arrivées à échéance et le centre vit présentement une situation de crise. Donc il fallait agir dans l’urgence avec des leviers simples et efficaces. Or, le «Gofundme» est un moyen social de financement se basant sur la solidarité humaine. J’ai moi-même été plusieurs fois donatrice à de telles campagnes. Mais personnellement, c’est la première fois que j’en lance une. C’est un grand défi. Mais j’ai l’intime conviction que nous pouvons sensibiliser plusieurs personnes à cette cause en les invitant à participer financièrement au soulagement du centre. 

Est-ce que  votre engagement en faveur des couches les plus vulnérables à pris naissance au moment où vous vous êtes rendu compte qu’un tel centre humanitaire était dans des difficultés ?

J’ai toujours été sensible aux difficultés que vivent les gens qui m’entourent. De diverses façons, j’ai toujours apporté mon aide aux personnes vulnérables. Mais ce projet du « Gofundme » a ceci de particulier que cela exige de coordonner et de motiver une solidarité partagée avec d’autres. En cela, cette initiative m’offre une nouvelle dimension à cette volonté d’agir pour les autres. 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis une sénégalaise qui a fait sa scolarité primaire et secondaire dans son pays. Après l’obtention du baccalauréat, j’ai été admise au concours de santé militaire du Sénégal. Mais par soif d’aventures, de liberté et de connaissances, j’ai finalement fait le choix de partir étudier en France. Cela signifiait pour moi d’aller découvrir de nouveaux horizons. Après deux années à Bordeaux, j’ai été admise dans une école d’économie du développement à Clermont Ferrand. Une orientation qui semblait répondre à un besoin constant de faire carrière dans un domaine où l’aspect humain et social aurait une grande place. J’y ai passé sept ans, dont 3 années en doctorat d’économie. Mais à un certain moment, je m’ennuyais devant mon ordinateur à faire de la recherche pendant de longues heures sur des sujets dont je doutais de leur impact réel sur la vie des populations en Afrique. Je n’étais pas heureuse. Je cherchais souvent à m’échapper de ma table de bureau à travers des stages, notamment au BIT à Genève. Puis une opportunité d’immigration au Canada s’est présentée, et je me suis dit que ce serait pour moi une belle occasion de mener une carrière dans laquelle je m’imaginais. C’était pour moi une évidence que ce serait dans la médecine que je trouverais mes aspirations telles l’humanisme, le don de soi, et le soulagement des maux de mes semblables. Mais j’avoue que ce fut des années dures : reprendre des études à zéro, mariée, 2 enfants pendant les études, faire le deuil d’une carrière bien tracée avec un accès à des postes hauts placés dans le système des Nations Unies, faire face à la déception et au jugement de mon entourage pour qui ce projet était de la folie. Mais grâce à ce brin de folie, et à l’appui de ma famille,  je suis devenue médecin au Canada depuis 2018.

Votre objectif est de collecter la somme de 5000$ soit 2 200 000 FCFA.  À quel niveau se situe cette collecte de fonds en cours ? 

J’ai lancé la campagne de financement le 10 Juin 2021. Puis, immédiatement, des donateurs se sont manifestés. Ils sont eux-mêmes des canaux importants pour donner de la visibilité à la campagne. À l’heure actuelle, la levée de fonds a atteint la somme de 396 mille francs. La réussite d’un tel projet dépend de cette grande solidarité internationale. Et je profite d’emblée de cette occasion pour remercier toutes ces bonnes âmes. Je suis l’instigatrice de ce projet mais ce sont tous ces donateurs de partout dans le monde qui mèneront ce projet au succès. Ensemble nous pouvons faire de grandes choses. Par ailleurs, au Sénégal, une campagne de financement «koparexpress» a été également lancée. Celle-ci vient renforcer le montant recherché au profit du centre “Kullimaaroo”. 

https://gofund.me/daf75e9b

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